Le Rêve

Le Rêve (paragraphe n°608)

Chapitre IX

Il lui fit gagner le fond du Clos-Marie, au travers des herbes folles ; et elle s'expliqua comment il passait chaque soir par la vieille grille de l'Evêché, condamnée autrefois. Il avait laissé cette grille ouverte, il l'introduisit à son bras dans le grand jardin de Monseigneur. Au ciel, la lune peu à peu montante, cachée derrière le voile de vapeurs chaudes, les blanchissait d'une transparence laiteuse. Toute la voûte, sans une étoile, en était emplie d'une poussière de clarté, qui pleuvait muette dans la sérénité de la nuit. Lentement, ils remontèrent la Chevrotte, dont le cours traversait le parc ; mais ce n'était plus le ruisseau rapide, précipité sur une pente caillouteuse ; c'était une eau calme, une eau alanguie, errant parmi des touffes d'arbres. Et, sous la nuéelumineuse, entre ces arbres baignés et flottants, la rivière élyséenne semblait se dérouler dans un rêve.

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